12 Oct

« J’ai une vraie passion pour le Reblochon »

Inès par Ali

Inès-Olympe en couverture de son prochain EP 3 titres avec Leonard Lasry (et le méga mambo tube à tapas Amor y pesetas). Photo : Ali Mahdavi

Pour la nouvelle diva pop et créatrice d’escarpins vintage Inès-Olympe Mercadal, les fromages sont d’autant plus sexy quand ce sont les filles qui le décident…

_ Inès-Olympe Mercadal, pourquoi êtes-vous une Fille à fromages ?

_ Parce que j’adore m’amuser avec les codes, jouer une égérie tirée à quatre épingles qui ne sort jamais sans ses lunettes Emmanuelle Khanh mais parle de Reblochon toute la journée, j’avoue que ça me fait toujours hurler de rire ! Et puis peut-être aussi tout simplement parce que j’ai une vraie passion pour le Roquefort, le Reblochon, la Tomme de Sartène en Corse, le Parmesan, etc.

_ Ce n’est pas très courant pour une créatrice d’escarpins vintage…

_ C’est sûr ! Mais dans la mode, vous savez, on peut parfois se prendre tellement au sérieux et intellectualiser la moindre petite robe noire ou paire de chaussures, que ça fait un bien fou de voir Mounia et ses Filles à fromages sublimer un truc, à priori pas toujours sexy, comme les fromages…

Inès-Olympe Mercadal dans sa voiture

Inès-Olympe Mercadal en plein créneau dans les rues de Mercadal, le village de Minorque (Espagne) d’où viennent son nom et sa famille, bottiers sur 5 générations. Photo : DR

_ Ce n’est pas sexy les fromages ?

_ En fait si, justement. Le Camembert, le Saint Nectaire, le Brie de Meaux ou le Reblochon, c’est d’autant plus sexy quand ce sont les filles qui le décident. Et c’est bien ce qui nous fascine avec les Filles à fromages. Non seulement, elles rendent les fromages sexy (comme lors de la 1ère Fromage Fashion Week*), mais elles rendent aussi sexy la bouffe. Ce qui n’est pas toujours évident dans la mode…

_ Pourquoi donc ?

_ Et bien parce que les gens de la mode ne mangent jamais… Voyons (rires) !

_ Créer une collection Inès-Olympe Mercadal chez Eram, c’est aussi une façon de s’amuser avec les codes ?

_ Disons que c’est d’abord jouer des codes français sur l’élégance et l’art de vivre. Mais c’est aussi une façon de rendre hommage à une maison dont j’ai toujours apprécié l’humour, les pubs… Et bien sûr les prix (moins de 100 euros pour des chaussures Inès-Olympe Mercadal, à partir de 49 euros pour les sacs, ndr). Mon idée, ç’était de créer une collection pour les courtisanes du 19è siècle comme Caroline Otero ou la Castiglione. Des femmes qui pouvaient changer de tenue dix fois par jour, envoyaient des photos d’elles à leurs amants sous forme de cartes postales, un peu comme aujourd’hui avec Instagram…

Ines, Tina et Mounia sur canapé

Inès-Olympe Mercadal, la chanteuse Tina Arena et Mounia Briya au dîner de la Fromage Fashion Week chez Yannick Alléno au Stay (Paris 8è). Photo : Mona Hawad.

_ C’étaient les ancêtres des « it-girls » ?

_ Clairement oui. Ou des Filles à fromages, allez savoir. Ce qui est sûr, c’est que les gens adorent. Je suis très souvent en boutiques pour rencontrer et échanger avec les clients(es) (la collection comprend un modèle unisexe, ndr). Et ça marche si bien qu’on a du prolonger les vitrines #INESOLYMPEMERCADALXERAM dans toutes les boutiques Eram.

_ En fait, vous êtes un peu comme une écrivain dans un magasin de chaussures ?

_ Ah ah ! C’est vrai que j’y ai déjà pensé. Récemment, à la boutique Eram de Boulogne (Hauts-de-Seine), je me disais que ça devait être cool de dédicacer un livre. Il faut dire que devenir écrivain faisait partie de mes grandes ambitions d’étudiante…

_ D’où vient votre personnage de diva lyrique avec le chignon, la cape, la veste à sequins, etc ?

_ De la Callas ! La seule cantatrice qui pouvait faire d’un physique qui n’était pas celui d’une top-modèle, une sublime beauté. Ou la preuve qu’une femme qui n’est pas forcément jolie peut être belle et qu’une belle femme n’est pas obligatoirement jolie.

Inès-Olympe Mercadal dans les pages du Figaro

Enfant, elle se déguisait devant la glace. Aujourd’hui, elle fait la une des magazines. Ci-dessus : Inès-Olympe Mercadal dans les pages du Figaro Madame. Photo : Inès-Olympe.

_ Petite, vous vous déguisiez déjà ?

_ J’ai toujours fait des « pestacles » devant la glace… C’est pour ça qu’une fois adulte, j’ai voulu exercer un métier où l’on puisse se déguiser comme les enfants. Pour le lancement de ma collection chez Eram, j’ai même habillé quelques amis comme la comédienne Joséphine Draï (qui est également une Fille à fromages), l’acteur Alexandre Brik, le collectif Les Poupées de Paris et plein d’autres en « Inesitas », c’est-à-dire en clones de moi-même. C’était très drôle ! Effet stroboscopique garanti…

_ C’est vrai que vous avez créé Mercadal Vintage après qu’une amie vous ait montré une paire d’escarpins Mercadal qu’elle venait d’acheter 20 euros aux puces ?

_ Oui, mon grand-père, un bottier de l’Ile de Minorque, avait lancé en France dans les 80’s les escarpins à talons coniques de 7cm. Et j’ai voulu, aux côtés de ma mère qui avait fondé Atelier Mercadal, rééditer une déclinaison du modèle star de l’époque (Elena) sous la marque Mercadal Vintage avec des couleurs parfois plus décalées, plus rock ( python naturel et noir, python bleu, etc). Mais l’idée est toujours la même : jouer des codes, pousser le classique à son paroxysme, proposer une mode pétillante, accessible. Et puis surtout, permettre aux femmes de travailler en talons sans forcément porter des talons aiguilles toute la journée, d’oser la fantaisie à moins de 200 euros sans rester obligatoirement sur le noir parce qu’on veut mettre un prix raisonnable…

Inès-Olympe Mercadal en selfie

Après les escarpins, Inès-Olympe Mercadal pourrait lancer une ligne de vêtements. Ci-dessus dans sa boutique de la rue du Cherche-Midi (Paris 6è). Photo : Inès-Olympe.

_ Après les souliers, bientôt les vêtements ?

_ J’y réfléchis, Mercadal Vintage est déjà une marque d’escarpins et d’accessoires. Mais je voudrais la doter d’une ligne de vêtements qui me ressemble. Quelque chose à la fois d’hyper classique et décalé, jeune, loufoque, à mi-chemin entre les pin-up des 5O’s et les actrices de Amour, gloire et beauté, avec ce zeste de folie retenue des vieilles bourgeoises espagnoles comme dans les films d’ Almodovar ou chez certains vieux anglais très chics.

_ Il y a quelques années, vous chantiez Je te prends, une chanson assez osée d’Alex Rossi, le Leonard Cohen de l’italo-disco…

_ Je ne prétends pas chanter, mais j’aime cette variété pop avec une part de ringard assumé et des textes tout en élégance. Je te prends disait quand même ces mots sublimes : « Je te prends de haut, je te prends aux cieux, tu me prends si je prends les devants, je te prends dans la nuit, tu te prends au jeu, tu comprends, il t’en a fallu du temps… » C’est un peu comme si Les Négresses vertes avait écrit les textes de Voila l’été avec Boris Vian, non?

Inès-Olympe Mercadal par Thomas Laisné

Inès-Olympe Mercadal il y a quelques années avec sa rape à fromages et son Parmesan préféré. Photo : Thomas Laisné

_ C’est de la « fashion music » ?

_ Plutôt une forme de mambo chic avec beaucoup de légèreté autour. Comme dans L’envers du décor, un titre que j’interprète avec un autre compositeur de talent, l’incroyable Léonard Lasry, et qui dit : « C’est l’envers du décor que tu ne dois pas voir, c’est le langage des corps que tu ne dois pas croire. Nos cœurs sont-ils si loin qu’on ne saura pas où va l’amour d’un jour … ». Je crois qu’en musique comme dans la mode, la légèreté c’est de l’énergie.

_ A quand un 1er album d’Ines-Olympe Mercadal ?

_ Pas un album mais un EP trois titres composé et produit par Leonard Lasry avec une reprise pop et sensuelle de La belle de Cadix. Egalement une chanson très drôle sur l’Espagne que j’aime beaucoup : Amor y pesetas. C’est prévu pour la mi-Décembre sur le label 29music, j’ai hâte !

* Atelier Mercadal, 4 rue du Cherche Midi, 75006 Paris. Tel : 01 40 33 02 43. 

* La Fromage Fashion Week s’est déroulée le 27 Septembre de midi à minuit au Stay Paris Le Faubourg, 15 rue Boissy d’Anglas (Paris 8è). Tel : 01 44 94 14 14. 

Entretien : Mounia Briya

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